HISTOIRE DE L’ECOLE

Naissance de l’Ecole

Lorsque le 15 avril 1941 Raymond Rognoni crée le Centre de Formation Professionnelle du Spectacle – 32, rue Flachat dans le 17e arrondissement de Paris – peut-il imaginer qu’il vient de fonder ce qui deviendra l’un des fleurons de l’enseignement public du théâtre en France, une Ecole Nationale où sont enseignés tous les métiers de la scène : l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT). Elle fut longtemps connue sous le nom d’« Ecole de la rue Blanche », puisque c’est au numéro 21 de cette rue du 9ème arrondissement que celle-ci s’installera dès 1944. Elle demeurera dans ce bel hôtel particulier construit par Charles Girault, célèbre architecte du Petit Palais, jusqu’en 1997, date à laquelle l’ENSATT est implantée à Lyon, sur la colline de Saint Just. Soixante-quinze ans après, que de chemin parcouru, que de changements, de mutations !

CENTRE D ART DRAMATIQUE RUE BLANCHEEn 1944, l’école s’installe au 21, rue Blanche à Paris (Devant au centre on reconnait Raymond Rognoni, devant sur la gauche Jean Poiret aux côtés de Guy Pierauld, en haut à gauche Maurice Ronet, en haut à droite René Arrieu, et tout à droite Madame Blaise).

 

IMG_1089Le 21, rue Blanche, vers la fin des années 40…

Jean Meyer  et Andrée Lehot

À partir de 1944, c’est Jean Meyer qui prend la direction de l’Ecole. Il y restera jusqu’en 1979 ! Il est rejoint en 1951 par Andrée Lehot qui assure la direction administrative tandis qu’il se consacre à la direction artistique. Elle occupera cette fonction à ses côtés jusqu’en 1969. Durant cette période, 7 sections « techniques » seront créées.
Ainsi dès cette année 51, les sections Décorateurs et Costumiers sont ouvertes, respectivement, par Jacques Gaulme et Marguerite Boulay.

IMG_1083_2Mme Boulay dans les ateliers costumes de l’époque.

IMG_1038Maître Gaulme et ses élèves « décorateurs » sur les marches de l’école.

En 1953, quatre nouvelles sections voient le jour. Louis Ginhoux, chef machiniste du Théâtre de la Madeleine, prend la responsabilité de la section Machinistes-Constructeurs. La section Régisseurs est créée sous la houlette de Lucien Pascal, directeur de scène de la Comédie-Française, tandis que son collègue éclairagiste du Français, Georges Négluau, prend en charge la section Eclairagistes. La section Habilleurs(euses), elle, est confiée à Fabienne Thouand, ancienne élève et professionnelle confirmée.
Dans le même temps, deux personnes rejoignent Jacques Gaulme : Gérard Morger, décorateur de théâtre aguerri, prend en charge l’enseignement de la réalisation de décors peints et Claude-Henri Bruchet, sculpteur, instruit les élèves décorateurs sur la pratique des accessoires. Jacques Gaulme, en tant que professeur principal de la section, s’occupe lui de la réalisation des maquettes de décors et de costumes.
En 1968 enfin, depuis longtemps réclamée par la profession, s’ouvre une section qui intègre les administrateurs du théâtre ; la section Régie-Administration. Ce n’est qu’en 1982, sous l’impulsion de Serge Bouillon, que la section Administration deviendra une section à part entière et que sera créée la section Régie générale (qui deviendra plus tard la section Directeur Technique).

Festival_DEFDe 1959 à la fin des années 60, Mme Lehot s’occupera assidûment du Festival d’Egletons.

Mai 68

IMG_1071Maître Gardère, Maître Heddle-Robboth puis Patrice Camboni se succèderont pour enseigner l’escrime à l’école.

1968 précisément… Il aurait été surprenant que l’Ecole de la rue Blanche se tienne à l’abri des évènements de mai et de la révolte estudiantine. Comme leurs camarades du Conservatoire National d’Art Dramatique, les élèves s’insurgent et occupent l’école durant un mois, et l’atmosphère de « révolution » qui règne dans Paris gagne « la rue Blanche ». Elèves et professeurs remettent en cause programmes et statut de l’Ecole.
Parmi les plus actifs on distingue de jeunes étudiants nommés Francis Huster, Jérôme Deschamps ou Jacques Weber.
Conséquence la plus évidente des évènements de 68, le Centre d’Apprentissage d’Art Dramatique est transformé en lycée technique avec appellation d’« Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre ».

L’ENSATT est née ! Pierre Roudy est nommé

IMG_1039Réception au 21, rue Blanche… (Pierre Roudy au centre. Derrière lui Mr Gournay, longtemps secrétaire de l’Ecole).

L’ENSATT ayant un statut de « lycée technique », on nomme à sa tête un Proviseur, Pierre Roudy, auteur dramatique, professeur d’Anglais, et expert en drame élisabéthain.

Jean Meyer, officiellement nommé directeur artistique, reste aux côtés de ce nouveau proviseur dont il devient l’adjoint alors qu’Andrée Lehot part pour d’autres fonctions. C’est un renversement de l’organisation initiale de l’école qui voyait jusqu’alors la directrice administrative placée sous l’autorité du directeur artistique.
En 1979, Jean Meyer quittera « la rue Blanche » qu’il aura dirigée, à un poste puis à l’autre, durant 35 ans…
Il sera remplacé par Jean Deschamps, éphémère directeur artistique de 1979 à 1980. Après son départ ce poste disparaîtra et un « conseil artistique » présidé par l’administrateur général de la Comédie-Française, Jacques Toja, et composé de personnalités du théâtre, du cinéma, de la critique et de la radio sera mis en place. Le rôle informel de cette instance, aux prérogatives mal définies, ne lui permettra pas de durer très longtemps et à partir de cette date, l’ENSATT sera dirigée par le proviseur que chacun, de fait, nomme « directeur ».

P1070966Carte d’élève (années 70-80)

L’Ecole en question…

Durant toute cette période, un important travail de refonte des diplômes et des grilles d’enseignement dans toutes les sections est entamé. Il est à la fois nécessaire et ardu car l’ENSATT est alors un organisme pédagogique non identifié (un OPNI ?), où sont dispensés des enseignements du second cycle et des enseignements du supérieur, où tous les élèves âgés de plus de 18 ans ont un statut d’étudiants et où nombre des diplômes délivrés (administrateurs, comédiens, décorateurs, régisseurs, scénographes) ne sont « que » des diplômes d’école…
Cette époque est aussi celle de l’émergence de plus en plus problématique des difficultés que créent l’exiguïté des locaux et leur inadaptation criante aux enseignements dispensés.
Pierre Roudy est alors chargé de prospecter en vue de l’éventuel achat d’un théâtre qui deviendrait le théâtre d’application de l’Ecole.
Ainsi le 21 mars 1981, Christian Beullac, ministre de l’Education nationale inaugure le Théâtre 347 (l’ancien et fameux Théâtre du Grand Guignol), qui devient la deuxième salle de spectacles de l’Ecole, situé rue Chaptal à quelques centaines de mètres du 21 rue Blanche. (Le « 347 » est aujourd’hui devenu l’International Visual Theater).
Pour autant cette « extension » sera loin de régler la question et au fur et à mesure les lieux de pédagogie se multiplient dans Paris et sa banlieue – au début des années 90 on en comptera jusqu’à 9 en plus du 21 rue Blanche et du 347 ! – obligeant quasi quotidiennement de nombreux étudiants à d’incroyables trajets.

10942577_10206348969276952_1788459965738089444_oQuelques élèves dans l’atelier scénographie (années 90)

IMG_1113Quelques fiches de présentation d’élèves comédiens (années 80).

Un statut d’établissement scolaire hybride, des « métiers » enseignés qui s’éloignent de la réalité professionnelle et de l’évolution des métiers de la scène, des niveaux de qualification sanctionnés de manière très disparate, des locaux inadaptés,… le malaise gagne et des débats passionnés vont s’ouvrir sur le statut de l’Ecole et notamment sur sa tutelle. Ne serait-il pas mieux que l’ENSATT soit rattachée au ministère de la Culture ?
Après quelques moments de turbulences qui iront jusqu’à un mouvement de grève des élèves (en même temps que celui des élèves de l’Ecole de cinéma Louis Lumière qui vivent une situation comparable), le 27 juin 1991 l’ENSATT devient un établissement public à caractère administratif, doté d’une personnalité morale propre et d’autonomie financière. Elle est alors, avec l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière, la seule école à finalité spectacle au sein de l’enseignement supérieur.
Aussi, logiquement, en mars 1993 toutes deux passeront sous tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et l’ENSATT se démarque définitivement de la bonne dizaine d’écoles publiques de théâtre françaises, toutes rattachées au ministère de la Culture.
Ainsi l’ENSATT est, à la fois, en volume la plus grande école de théâtre et le plus petit établissement de l’enseignement supérieur !

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Patrick Bourgeois

Alors que certaines évolutions pédagogiques ont déjà eu lieu – en 1990, sous la conduite de Claire Dehove et de Gérard Didier, la section Décoration s’est transformée en section Scénographie – un nouveau directeur, Patrick Bourgeois qui codirige alors le Théâtre de Paris, est nommé en 1991.
Son dossier prioritaire sera bien sûr celui des locaux et du nécessaire déménagement de l’ENSATT.
Très vite les tutelles lui signifient que cette migration ne peut s’envisager que dans une grande ville universitaire de province.
S’ensuit un travail de prospection qui va le conduire dans toutes les grandes agglomérations de France et dont ressortira rapidement pour lui une certitude, la ville qui conviendrait c’est Lyon.
Après avoir fait valider ce projet par le ministère il reste à trouver l’emplacement, ce qui sera tout aussi délicat et long que le choix de la ville. Après plusieurs mois et alors que ses espoirs s’amenuisent, la colline de Saint Just qui abrite une résidence étudiante du CROUS va s’imposer de manière évidente.
Mais désormais le projet change d’orientation : il va falloir construire un bâtiment neuf ce qui, une fois l’accord des décideurs obtenu, va ouvrir d’immenses possibilités. Pour la première fois en Europe, une Ecole de Théâtre va se voir dotée d’un bâtiment dédié, entièrement construit pour répondre aux exigences de la pédagogie, offrant ainsi aux étudiants un formidable outil de travail.
En 1994, la décision d’implantation à Lyon est officiellement arrêtée.
Sans surprise, depuis l’origine ce projet de « délocalisation » est massivement rejeté par le personnel, les enseignants et les élèves (87% sont contre).

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Le départ pour Lyon

Toutefois, en 1995 un consensus finira par se dégager grâce, entre autres, aux conditions remarquables que le projet lyonnais va offrir à l’école.
Les travaux seront réalisés en deux tranches et même si ceux-ci seront exécutés dans leur ensemble, le deuxième corps de bâtiment ne verra le jour qu’en… 2008.
Ainsi si l’on considère l’achèvement total de l’Ecole avec l’inauguration du Théâtre Laurent Terzieff (2011), l’installation complète de l’ENSATT à Lyon aura couru sur 15 ans.
L’intégralité des travaux sera suivie par Louis Faure, alors directeur technique du TNP et qui deviendra le directeur technique de l’ENSATT.
La première rentrée universitaire à Lyon aura lieu sur l’année 1997-1998.
Dans ces locaux désormais si fonctionnels et si propices au travail de troupe que permet la coexistence de tous les métiers de la scène, la pédagogie inter-départements et les ateliers de groupe vont bénéficier de potentialités jamais permises auparavant.
Tous les métiers de la scène ?… Pas encore, pas tout à fait. C’est en 2003 qu’Enzo Cormann crée le département Ecrivains dramaturges puis enfin, comme une évidence… « dernière », en 2009 que le département Metteurs en scène sera ouvert par Alain Françon et Christian Schiaretti.

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Gérard Schembri, puis Thierry Pariente

En 2006, Patrick Bourgeois est remplacé par Gérard Schembri auquel succèdera en 2009 l’actuel directeur de l’ENSATT, Thierry Pariente.

N-S 016webL’Ecole se donne les moyens de présenter des ateliers spectacles d’une grande richesse, aussi bien technique qu’artistique.

Si l’installation à Lyon a permis de finaliser le spectre des métiers du théâtre qui sont enseignés, elle a aussi signé l’essor de l’offre pédagogique globale de l’Ecole et permis d’assister à un développement marqué d’activités dont certaines existaient déjà.
Il en va ainsi des Relations internationales pour lesquelles les conventions signées notamment avec Shanghaï, Rabat, Tunis, Cotonou, Santa Cruz en Bolivie, ou encore, en termes de coopération, Saint-Laurent du Maroni en Guyane, ont permis d’approfondir les relations bilatérales.

Il en va de même de l’extension très forte des actions en matière de Formation Professionnelle Continue.
En 2011, l’ouverture du département Recherche viendra parachever ce déploiement et constituer avec les deux activités précédentes un triptyque essentiel pour l’existence de l’ENSATT et pour son inscription dans le paysage de l’enseignement supérieur artistique.

locaux_ensatt2012-BD2 - 400Le Théâtre Laurent Terzieff est inauguré en 2011.

Un nouveau Théâtre

En 2011, l’ENSATT a 70 ans.
L ‘année est marquée par l’ouverture du Théâtre Laurent Terzieff, baptisé ainsi car le grand acteur avait intégralement répété à l’ENSATT son « Philoctète » de Jean-Pierre Siméon (son dernier spectacle et son dernier Molière du meilleur acteur), mis en scène par Christian Schiaretti, avec des anciens de l’Ecole autour de lui.
Le Théâtre a été entièrement équipé (cintres, plancher de scène, loges, locaux techniques, etc.) par les régisseurs de l’Ecole. Le plancher notamment, est celui de la scène où travailla la troupe de Roger Planchon, récupéré par ceux-ci lors des travaux du TNP, puis installé par eux.
Dans le même temps qu’est inauguré le Théâtre, les deux studios du premier bâtiment (1997) sont rebaptisés du nom de Jean-Jacques Lerrant, grand critique lyonnais et soutien de l’Ecole.
Enfin, en 2011, à l’occasion des 70 ans, paraît le livre L’Ecole Théâtre, ouvrage collectif dirigé par Thierry Pariente et coordonné par Véronique Bisciglia, aux Editions Les Solitaires Intempestifs.

Août 2015, Thierry Pariente est renommé à la tête de l’ENSATT.

Mme Lehot et T.ParienteMme Andrée Lehot et Thierry Pariente en 2011 – Entre hier et aujourd’hui…

 

En 2016, l’ENSATT aura 75 ans !

 

 

Textes : Hervé de Ruggiero / Bertrand Lacy – Crédit photos : Collections privées, BNF (fonds ENSATT), David Anémian, Benjamin Bourgeois. Crédit graphisme (panneaux « Festival d’Egletons » et « Evolution pédagogique ») : Benjamin Saluppo

 

 

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