Carte « Blanche » à Jimmy !

Chaque mois, Jimmy Marais nous propose une interview d’un(e) élève ayant récemment quitté l’Ecole :

En ce moment, tu fais quoi ?

CINDY LOMBARDI, élève CONCEPTRICE COSTUME , promo 74

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 Tu es sorti en juillet 2014 de l’école, comment s’est fait ce passage dans la vie active ?

Je voulais rester une année de plus à l’école en faisant un post-diplôme en scénographie et en coupe costume. La formation concepteur se faisait en deux ans et je voulais apprendre d’autres choses, avoir d’autres compétences techniques pour compléter ma formation en conception costume.

En septembre j’ai commencé ce post-diplôme et en parallèle pour Louise Vignaud, élève metteuse en scène, j’ai créé les costumes pour la pièce Caldéron de Pasolini qu’elle montait à l’école pour valider son diplôme. Pendant un mois j’ai travaillé sur ce projet qui avait tout d’un projet professionnel et j’ai adoré cette expérience, je me suis dit « c’est ça que je veux faire maintenant ». Après cette expérience, je n’arrivais plus à revenir en cours avec la même ambition.

Ainsi, j’ai commencé à envoyer des lettres de motivation, dont une à Anaïs Romand, créatrice costume pour le cinéma. Peu de temps après J’ai reçu un appel d’Anais me proposant de travailler deux semaines au sein de son équipe costume sur un film historique : Les Anarchistes d’Ellie Wageman.

Depuis, j’ai travaillé à plusieurs reprise avec son équipe sur d’autres films historiques: La Danseuse de Stéphanie Di Guisto et Les Gardiennes de Xavier Beauvois.

Puis, j’ai travaillé avec plusieurs professeurs de d’école en tant qu’assistante pour des pièces de théâtre; ce sont les premiers contacts professionnels que j’avais à la sortie de l’école.

J’ai eu quelques moments de creux et pendant l’un d’eux j’ai participé avec une amie Japonaise à un concours pour partir au Japon via la Maison de la Culture du Japon de Paris. Nous avons remporté le concours, je suis donc partie au Japon l’été suivant.

En résumé, je ne me sentais pas prête au début et puis j’ai fait le grand saut, ça a fonctionné et ça s’est vite s’enchainé. Certes, j’ai fait certains projets qui ne me plaisaient pas trop mais toutes expériences et toujours bonne à prendre.

Est-ce que l’Ensatt t’as bien préparé à la réalité du métier ?

L’ENSATT propose une formation de chef de poste en ce qui concerne la conception costume. On a appris à être en haut de la hiérarchie du costume : le créateur costume. Quand tu sors de l’école, ce n’est pas vraiment la réalité, personne ne te connait, il faut « se faire une place ». Ça prend du temps ces choses-là, il me semble ; cela se fait grâce à des rencontres.

Je n’ai pas cherché à faire de la création la première année, je postulais plutôt pour des postes où il y avait moins de responsabilité (habillage costume, par exemple), car quand tu es créa-costume tu dois diriger des gens, gérer un budget, tu as plein de responsabilités. Quand je suis sortie de l’école, je n’avais que 23 ans…

Raconte-moi ton arrivée à l’école…

J’étais hyper contente d’être prise à l’école et en plus je suis tombée dans une classe avec des filles géniales. On était pas du tout en concurrence, on a beaucoup rigolé, travaillé, je me suis sentis bien dans cette classe, l’ambiance de travail était très stimulante. Je suis devenue très amie avec Carole Nobiron, avec qui nous avons fait des projets artistiques communs.

Qu’est-ce que tu as le plus aimé à L’école ?

Les Essais et l’Atelier expérimental sur la thématique du fantôme. C’était vraiment super.

J’ai bien aimé quand on était avec les autres métiers. Ces temps où on créait ensemble, où on se confrontait à la difficulté de raconter une même histoire ensemble.

Quelque chose que tu as moins aimé ?

Je pense que l’on est un peu enfermé dans notre bulle, là-haut, sur la colline… Ce serait chouette de participer d’avantage aux projets de la ville, descendre de la colline, faire plus de partenariat avec d’autres écoles.

On n’a pas assez de visibilité aussi par rapport à Lyon où aux professionnels du métier.

Quand je vais sur le site de l’école, l’image extérieure que l’ENSATT renvoie est une image un peu désuète, pas très actuelle, et c’est dommage car de l’intérieur l’école est bien vivante et vibrante.

Un de tes plus beaux souvenirs ?

Avec Carole nous voulions partir en Inde pour faire un stage, sur les teintures naturelles et découvrir le théâtre oriental. On avait sollicité l’école pour qu’elle nous aide à partir et elle nous a trouvée des contacts pour aller faire un projet là-bas. Nous sommes partis trois mois l’été de notre première année.

Nous avions organisé notre voyage grâce à tous les contacts qu’on avait pu avoir.

C’est un super souvenir car cela s’est fait grâce à la bonne volonté des profs et de Thierry Pariente. On y a rencontré des gens vraiment intéressants.

Un de tes pires souvenirs ?

Le côté trop scolaire de certains cours. J’avais l’impression de revenir au lycée quand notamment en art et humanité on devait analyser des textes devant des profs.

Les cours étaient hyper intéressants, mais la façon d’évaluer faisait très scolaire.

Un souvenir qui ferait sourire toute ta promo ?

En première année lorsque Carole a fabriqué un phallus géant en cuir pour un projet d’élève.

Pendant les cours elle demandait très sérieusement des conseils techniques aux profs sur, par exemple, la façon dont elle devait confectionner les testicules, quelle matière utiliser, etc. Bien entendu, nous à côté on avait beaucoup de mal à ne pas avoir de fou-rires.

Pourrais-tu définir ce que l’école a changé en toi dans ta manière de voir ton métier ?

Elle m’a fait acquérir de la précision dans mon travail.

La précision des techniques, des références historiques et la précision dans mes intentions artistiques aussi. De sentir et d’analyser les tissus, de savoir de quoi on parle.

J’aurais aimé, par contre, apprendre la notion de l’argent (salaire, gestion d’un budget, négociation d’un contrat). On n’a pas eu assez d’outils pour être décomplexées avec l’argent une fois plongées dans le milieu professionnel.

Si tu avais un prof ou intervenant marquant à évoquer, ça serait qui et pourquoi ?

Sandrine Rosier. Elle est venue nous faire un module sur la teinture naturelle. C’est elle qui nous a initié à cette pratique et c’est de par sa passion qu’elle nous a donné envie d’aller en Inde avec Carole. C’est une femme qui a une philosophie de vie incroyable, elle va au bout de ses idées, elle essaye de faire changer les choses, avec son artisanat, elle essaye de faire prendre conscience qu’on peut teindre avec des plantes en connaissant leurs propriétés, qu’on n’est pas obligé d’utiliser des produits chimiques, elle voyage beaucoup aussi à travers les pays parce que chaque pays possède sa propre flore.

Une citation, une devise, une maxime, qui te porte ?

Il faut toujours voir le côté positif des choses même si ça peut être difficile, car de chaque expérience il y a du bon à tirer.

Ah mince j’oubliais : Et en ce moment tu fais quoi ?

En ce moment je fais la création costume pour un opéra qui s’appelle Chimène. J’ai fait un vrai tra-vail de conceptrice-costumes, les maquettes, le planning. Il y a du budget, pas mal de costumes à réa-liser, j’ai donc pu embaucher des gens dont Brice Wilsius, de l’ENSATT ; on forme une petite équipe.

Le travail des costumes à l’opéra est très différent de celui du théâtre, car à l’opéra c’est la musique qui passe avant le texte. Les personnages sont traités comme sur un tableau.

Au cinéma c’est encore diffèrent, il ne faut pas qu’on ait l’impression qu’il y a des cos-tumes, cela doit passer inaperçu. Il faut que ce soit crédible, qu’on ait l’impression que ce sont leurs vrais vêtements ; il faut respecter les modes à l’année près. Quand il s’agit de films d’époques c’est très précis ; à l’opéra ou au théâtre on peut se permettre de mélanger les styles et les époques…

CINDY LOMBARDI, élève CONCEPTRICE COSTUME, promo 74

 


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Interview réalisée par Jimmy Marais | Décembre 2016

 

 

Les interviews d’avant :

Cindy Lombardi | Décembre 2016
Damien Rabourdin | Octobre 2016
Pauline Coffre | Septembre 2016
Sebastien Marc | Juin 2016
Antoine Prost | Mai 2016
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