Carte « Blanche » de Pauline Coffre

En ce moment, tu fais quoi ?

PAULINE COFFRE, élève Comédienne – promo 73

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Tu es sortie en juillet 2014 de l’ENSATT ; comment s’est fait ce passage dans la vie active ?

J’étais très contente de me retrouver dans la fosse aux lions !
Je suis rentrée à l’ENSATT à 24 ans, j’avais déjà bossé avant, fait d’autres écoles, je savais plus ou moins ce qui m’attendait à la sortie.
Ça n’a pas été violent, il y avait du travail tout de suite en sortant, ce n’était donc pas le grand vide.

Et comment ça s’est passé ensuite ?

J’ai plutôt enchainé les projets, avec des artistes de ma génération, sortant de l’ENSATT ou non, et ça s’est bien passé.
En fait, le moment le plus difficile ça a été il y a quelques mois où j’ai passé quelques semaines à faire uniquement de la figuration pour la série Versailles et donner des cours de théâtre pour ados ; une période plus « rude » mais instructive !

Raconte-moi ton arrivée à l’école…

J’étais très heureuse d’y rentrer, d’autant plus que je ne pensais pas forcement avoir le concours (Je sortais du stage du TNS que je n’avais pas eu, et les concours ont été une période plutôt éprouvante pour moi).
J’étais reconnaissante que l’ENSATT m’ait choisie. Les premières semaines ont été douces, c’est l’intégration d’un nouveau groupe, les élèves sont heureux d’être là, ton emploi du temps est constitué de matières que tu aimes ; il y a pire dans la vie !

Qu’est-ce que tu as le plus aimé à L’école ?

J’ai adoré le stage sur le corps dispensé par Marc Proux à San Miniato, pour moi il y a eu un avant et un après. Il y a eu aussi le stage de clown en Ardèche que j’ai trouvé formidable. A l’école même, les périodes qui m’ont été les plus bénéfiques restent les ESSAIS et LE SEUL EN SCENE, car tu es livrée à toi-même, et je trouve qu’il n’y a rien de plus agréable dans la vie que se sentir responsable, créateur…
Les projets valent ce qu’ils valent par rapport au peu de temps dont on dispose et le fait qu’il faille s’organiser dans un groupe. Mais j’ai le sentiment que ce sont des périodes plus porteuses.

Quelque chose que tu as moins aimé ?

Ce que j’ai le moins aimé à l’ENSATT c’est le côté « infantilisant ».
Comme c’est une grosse institution où il faut gérer beaucoup de monde, il y a beaucoup de règles. La première année est lente pour les initiatives théâtrales… J’avais envie que les écrivains écrivent des textes en peu de temps, qu’on emprunte un costume en deux secondes et qu’on les joue dans le hall, qu’on fasse intervenir de la lumière, du son, des bouts de scéno, que ça circule tout simplement !
Il y avait beaucoup d’étapes « administratives » avant d’organiser quoique ce soit ; il fallait s’armer de patience, parfois on devenait trop gâté, on se contentait de ce que l’on nous donnait en cours, on était moins à l’affut de faire des choses « plus pauvres » qui permettent justement de se tester, de ne pas avoir peur : on a le luxe d’avoir le droit d’être mauvais dans une école, profitons-en !

Un de tes plus beaux souvenirs ?

Le projet ENCORE, un des essais mis en scène par Clémence Longy. Ça ne se prenait pas au sérieux, tout était fait pour partager un bon moment avec le public ! C’est la base et pourtant parfois ça se perd. Et, bien sûr, les rencontres que j’ai faite au sein de ma promo ; des grands artistes et des amis de cœur.

Un de tes pires souvenirs ?

Un de mes pires souvenirs c’est justement quand j’ai vu que le fait de faire des petites formes dans le hall ne prenait pas,… j’ai un peu baissé les bras. Alors, pendant un temps, je suis devenue plus sage, plus lisse, ça m’a ennuyé !

Un souvenir qui ferait sourire toute ta promo ?

C’est mon entrée à l’ENSATT, au moment du concours, où avec la méthode Agnès Dewitte (segmentation geste/parole + propos), j’ai mis mon partenaire le sexe à l’air devant tout le jury… outré ou hilare !

Si tu avais un prof ou intervenant marquant à évoquer, ça serait qui, et pourquoi ?

Jean-Pierre Vincent, le metteur en scène qui a fait notre troisième atelier spectacle en dernière année.
Il est exigeant, efficace, confiant, il aime rire et surtout il adore transmettre, c’est un régal de travailler avec lui.

Pourrais-tu définir en une phrase ce que l’école a changé en toi dans ta manière de voir ton métier ?

J’ai une citation de Henri Michaux : « Qui cache son fou meurt sans voix »

Quelle personnalité du Spectacle correspond le plus à ta famille artistique en ce moment ?

Philippe Torreton, je pense… quand il est sur un plateau, outre le fait qu’il a une très belle voix, j’ai la conviction qu’il s’adresse aux spectateurs, qu’il leur pose des questions, qu’il prend soin de les rendre actifs/partenaires de jeu, à égalité… c’est rare ! C’est dans la même veine que le travail que propose Agnès Dewitte à L’ENSATT, c’est une quête qui demande une grande discipline et une vraie humilité. Je m’efforce de tendre vers cet objectif. Et Yolande Morreau, bien sûr, parce qu’elle me fait oublier qu’elle est comédienne ; c’est un caméléon, un clown, une âme singulière et discrète, ce qui me fascine chez les grandes actrices.

Une citation, une devise, une maxime, qui te porte ?

« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. » Tirée du roman d’Aragon « Aurélien », c’est la première phrase du premier chapitre… incroyable ! c’est devenu ma philosophie de vie : ne pas se fier aux apparences, jamais ! c’est rarement ce que l’on croit qui va arriver qui arrive ou, autrement dit, les chemins de traverses sont souvent plus passionnants !

Ah mince, j’oubliais : Et en ce moment, tu fais quoi ?

Je sors tout juste d’une tournée CCAS pour le spectacle BERBERIS avec la CIE LA CORDE REVE créée par Maxime Mansion et Elisa Ruschke. On a fait une tournée mémorable en Charente-Maritime.
Et là, je m’apprête à travailler avec La CIE TRANSPORTS EN COMMUN créée par Léa Menahem et Quentin Bardou en partenariat avec LA FEDERATION, la compagnie de Philippe Delaigue, sur la création de quatre petites formes autour du spectacle TIRESIAS, écrit et mis en scène par Philippe Delaigue, qui se joueront en parallèle du spectacle dans des collèges et lycées de France, j’ai hâte !

PAULINE COFFRE, élève Comédienne  – promo 73

 


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Interview réalisée par Jimmy Marais | Aout 2016

 

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