Carte blanche de Marine Brosse

En ce moment, tu fais quoi ?

marine-brosseMarine Brosse, section scénographie – promo 74

 

Depuis ta sortie, en juillet 2015, dans quels projets t’es-tu retrouvée ?

En Septembre : « La voix Humaine » de Jean Cocteau. Zoé Lemonnier (m.e.s.), Margaux Le Mignan (comédienne), Alexandre Laillé (son), Juliette Romens (lumière). Petite forme, monologue, qui dans le travail sort de ce qu’on pourrait considérer comme une « forme classique », ce qui est très important pour moi. Ce projet me tient à cœur et le travail dessus continuera par la suite.
www.leetchi.com/c/projects-extravagant-union

J’ai découvert en 2013 le festival « BONUS » en Bretagne, festival du Théâtre de poche d’Hédé-Bazouge, à coté de Rennes, en tant que scénographe bénévole. Ce festival a une super programmation et j’aimerais garder les contacts que je m’y suis fait.
theatre-de-poche.com/bonus

Et en ce moment tu fais quoi ?

Je suis en Allemagne dans un institut de théâtre, l’ATW de Gießen, donc je continue un peu mes études mais d’une manière totalement différente qu’à l’ENSATT.
www.inst.uni-giessen.de/theater/de/aktuelles

Les deux formations ont été très complémentaires car à l’ENSATT la pédagogie prime, on nous apprend un savoir-faire et des techniques traditionnelles superbes, à Gießen on nous apprend à faire les choses par nous-même, à prendre nos propres initiatives, à travailler sur un concept, il y a énormément de théorie (mais c’est beaucoup d’essais, aussi), il y a moins de « cadre », cela donne des projets beaucoup plus fous. Les élèves ici doivent faire profit de leur « non-compétence » (ne pas savoir trop installer la lumière, le son, etc). C’est drôle d’avoir fait les deux formations.

Actuellement, je suis un séminaire que donne Heiner Goebbels sur les textes de Heiner Müller, et chacun des participants doit faire un projet (performance, installation ou autre) pour la fin du semestre. Avec un ami je crée donc une installation scénographique, avec quelques extraits sonores basés sur « La Correction », une courte pièce radiophonique d’Heiner Müller et Ivan en tant que performeur pour actionner tout cela.

J’ai rencontré des gens intéressants avec qui j’aimerais garder des liens dont une française, Marion Siéfert, qui travaille entre la France et l’Allemagne, avec qui on a commencé à travailler sur une installation à partir de « 2 ou 3 choses que je sais de vous », un texte très beau dont elle est l’auteur et qui traite du sujet des relations sociales.

Des projets en tête, envies futures, rêves, dont tu aimerais voir le jour ?

Oh oui ! Déjà « La voix humaine », car ce projet me tient vraiment à cœur. J’aimerais que ça marche, qu’on puisse continuer à travailler correctement dessus… mais c’est en bonne voie.

Et sinon ce n’est pas pour rien que je suis en Allemagne, car j’aimerais vraiment m’établir entre la France et l’Allemagne, j’ai envie de travailler sur des projets qui me plaisent vraiment, plutôt installations ou performances. Quitte à devoir avoir un autre boulot « pas théâtre » à côté, je préfère faire de la scénographie comme j’aime plutôt que de la scéno pour un théâtre que je n’aime pas forcément… J’aime la partie plastique, le côté installation, performance, j’y trouve pas mal d’intérêts, ça a un côté plus fou, c’est parfois plus facile aussi de travailler sur une performance que de reprendre un texte sur scène, les enjeux sont différents et puis c’est quelque chose qui est tout nouveau pour moi aussi donc c’est pour ça que je trouve ça très intéressant.

Quelle est la différence entre performance et théâtre pour toi ?

La performance à un côté plus ouvert que ce que l’on définit par théâtre, mais c’est un terme qui reste quand même très générique et qui est plus facile à comprendre en Anglais ou en Allemand car, quand on y parle de performance, on parle autant de représentation théâtrale que ce qu’on appelle en France, de manière très conceptuelle, « une performance ». Quand en Anglais ou en Allemand on parle de performance, c’est juste pour parler de quelqu’un qui fait quelque chose en « live », sur scène, ou dans la rue… que ce soit préparé ou pas.

Qu’est-ce que tu as le plus aimé à L’ENSATT ?

Quand je repense à l’ENSATT je repense à plein de moments mélangés, je pense à des workshops que j’ai aimé… mais c’est surtout des moments de vie ou je sentais que je me disais «  ah ouais, là je suis en train de vivre un truc fort… », parce qu’il y avait des bonnes relations entre nous tous, et parce que j’apprenais un truc nouveau.
Il y en a plein des bons souvenirs… mais quand j’y repense, je me vois juste marcher dans les couloirs, dans le hall ; et voir tous les gens qui sont autour de moi… Je trouve ça super fort de me dire que l’ENSATT c’est un lieu où j’ai appris beaucoup de choses et rencontré beaucoup de gens. Je pense que ce sont vraiment les relations qui m’ont le plus marquée. Et aussi, un truc que j’ai toujours trouvé effrayant et fascinant, c’est le fait que tu puisses passer une journée entière à l’ENSATT sans vraiment travailler tellement il y a de gens avec qui tu peux discuter.

Le moins aimé ?

Quand je suis allé aux portes ouvertes de l’ENSATT, une année avant que j’y rentre, j’ai rencontré un des élèves qui m’a dit une chose dont je me souviendrai toute ma vie ; il m’a dit « l’ENSATT c’est génial, mais c’est une prison dorée. » et pour moi ça illustre parfaitement l’école… car elle est géniale, mais c’est super fermé. Peut-être que ça a changé depuis, mais je trouvais qu’il y avait comme un manque de partenariat et d’ouverture sur les autres lieux culturels de la ville ou les autres écoles. Tellement on est bien, tellement on a de choses bien dans cette école, on n’en sort pas. Et après c’est dur d’en sortir, parce qu’on ne nous a peut-être pas laissé assez faire par nous-même ?…

Un de tes plus beaux souvenirs ?

Attend parce que j’ai mon carnet de « plaisirs instantanés » sous les yeux, alors peut-être que je l’ai noté… Je crois qu’il y a un souvenir que j’ai vraiment aimé. Une fois, j’étais avec Didier, on était partis chercher des accessoires et pas dans le lieu de stockage de l’ENSATT mais dans l’autre lieu en face des Subsistances, et je trouve que ça a été un honneur de pouvoir accéder à ce lieu car c’est pas en première année que tu y vas, peut-être en deuxième année mais c’est pas sûr, ça veut vraiment dire que tu fais partie de l’école, et que les personnes t’estiment où te considèrent sérieuse pour t’y emmener. Donc, j’étais allé dans ce lieu avec Didier, c’était en troisième année, et je suis montée tout en haut dans les combles de ce lieu qui était vraiment magnifique !… et là tu te sens libre et en même temps tu sens que tu appartiens à « quelque chose », tu es en confiance avec des gens, voilà. L’accès à ce local est un des moments qui m’a rendue le plus heureuse.

Un de tes pires souvenirs ?

Je pense que c’était la représentation unique de « La résistance selon les mots » d’Armand Gatti. Vu que ce projet a été très compliqué, les avis entre l’équipe encadrante et les élèves/acteurs étaient tellement divergents qu’il valait mieux choisir « son camp », malheureusement. Comme je n’étais pas allé travailler au plateau j’étais dans une position délicate, je travaillais vraiment avec le scénographe alors que les autres travaillaient autrement ; du coup c’était une expérience très différente. Moi n’étant pas avec les acteurs j’avais à la fois les opinions des élèves/acteurs et à la fois l’opinion de l’équipe de mise en scène et du scénographe. C’était tellement contradictoire que je n’arrivais pas à suivre les deux. J’étais dans une position ou je ne pouvais pas « choisir mon camp » et c’était vraiment désagréable… voila ! (rires).

Quels profs / intervenants t’ont marquée ? Pourquoi ?

Evidemment Denis Fruchaud, Alexandre De Dardel, Alwyne De Dardel m’ont marquée parce qu’ils nous ont suivis pendant trois ans et qu’humainement et professionnellement ils nous ont beaucoup apporté…

Parmi les intervenants extérieurs qui nous ont marqués je dirais premièrement Gwenaël Morin parce que cela m’a montré un théâtre un peu diffèrent… j’ai appris sur le ressenti, sur un projet, ce que l’on peut faire avec le théâtre. Cela m’a montré aussi des nouvelles perspectives à Lyon, tout ce qui se passe dans cette ville en matière de théâtre.

Deuxièmement, la rencontre avec Séverine Chavrier. Ce n’était peut-être pas le meilleur projet du monde mais ça m’a montré une autre dimension du théâtre car s’était un workshop entre les étudiants concepteurs sonores et scénographes. Du coup, un peu hors théâtre aussi, et plutôt de l’ordre de l’installation… et ça m’a fait plaisir de travailler une forme plastique et aussi de travailler sur des textes de William Faulkner.

Voilà deux périodes de recherches que j’ai vraiment aimées.

Un souvenir phare qui ferait sourire toute ta promo ?

C’est arrivé à plusieurs périodes ; j’adorais quand « ils » faisaient parler la machine à café ou l’écran dans le hall, ce sont des moments qui m’ont beaucoup fait rire. Je préfère cacher leur identité car c’est ce qu’ils cherchaient en faisant leur micro-actions pirates et c’est ça qui est drôle.

Quelle personnalité du Spectacle correspond le plus à ta famille artistique, en ce moment ?

J’ai beaucoup de mal à me définir par rapport à quelqu’un… mais j’ai vu dernièrement une exposition du travail de Terry Fox, qui a fait beaucoup de « happenings » avec Joseph Beuys et d’autres, et c’est un travail que j’ai vraiment apprécié autant sur le rapport à la représentation que sur le rapport à l’image. Il travaille sur le son, l’esthétique, l’objet. C’est un travail complet et, comme j’aime en tant que scénographe travailler avec la matière, l’action, j’aime beaucoup son travail.

Une citation, une devise, une maxime, qui te porte ?

« Oui, attend ! » (Elle va chercher un carnet) « Je l’ai relue hier soir… et ça m’a fait très plaisir de la relire » :
« The vanishing difference between work and free time » (Bojana Kunst).
Elle me fait toujours beaucoup sourire parce qu’elle est à la fois très douce et montre la difficulté d’être artiste…

Marine Brosse, section scénographie – promo 74
Lien vers son site :
marinebrosse.wordpress.com

Interview réalisée par Jimmy Marais | Janvier 2016
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