Carte « Blanche » de Damien Rabourdin

En ce moment, tu fais quoi ?

DAMIEN RABOURDIN, élève DIRECTION TECHNIQUE, promo 75

Damien Rabourdin

Tu es sorti en juillet 2014 de l’école, comment s’est fait ce passage dans la vie active ?

La section Direction Technique est un peu particulière car chacun a déjà fait d’autres formations ou connu des expériences professionnelles avant d’arriver à l’école. Notre formation à l’ENSATT se faite en un an, divisée en deux semestres : six mois d’école, de septembre à février, et six mois de stage. Etant donné qu’un de mes stages s’est fait au sein même de l’école ma sortie n’a pas été brutale. J’ai tout de même ressenti un vide entre la fin de ce stage et le suivant car je n’étais alors plus au sein de l’école.
Même si je m’y étais préparé, car après mon diplôme d’ingénieur j’avais déjà vécu le fait de passer dans le monde professionnel ; je connaissais donc le vide qui pouvait apparaître lors du passage dans la vie active.

Et comment ça s’est passé ensuite ?

Une fois le stage à l’ENSATT terminé, j’en ai connu deux autres : à la MC2, Maison de la Culture de Grenoble, et ensuite au Festival Berlioz. Grâce à ces deux expériences, j’ai eu pas mal d’opportunités ensuite et j’ai pu obtenir mon statut d’intermittent assez naturellement. Les seuls moments où j’ai commencé à manquer de boulot, des opportunités se sont présentées…

Est-ce que l’ensatt t’as bien préparé à la réalité du métier ?

Dans la formation, nous avions une trentaine d’intervenants dont un bon tiers étaient en poste dans des Théâtres. Ils nous transmettaient donc leur expérience. Nous avions aussi l’insertion professionnelle de l’école qui nous relayait les différentes possibilités d’emplois à la sortie. Je crois donc qu’on était bien préparé à l’ « après ».

La formation nous a bien aidé à définir, préciser notre projet professionnel car il y a vraiment plein de possibilités différentes à la sortie : Intermittent, permanent, diffusion, bâtiment, création, petites et grandes structures, compagnies…
La plupart des élèves rentrent en ayant une idée de ce qu’ils veulent faire mais certains évoluent dans leur désir, dans leur projet professionnel, en cour de formation, en découvrant toutes les possibilités, les richesses du spectacle vivant.

Raconte-moi ton arrivée à l’école…

Tout en douceur… l’école est perchée sur sa colline, un peu loin de l’agitation de la ville. De plus, nous sommes arrivés trois semaines avant les autres sections ; nous avions un peu un sentiment de vide dans les bâtiments. En attendant que l’école se mette en marche, nous avons passé ces trois premières semaines à huit, et cela nous a permis d’avoir une bonne cohésion dans la promo.

Qu’est-ce que tu as le plus aimé à L’école ?

Mon stage. Il s’est fait sur la prod 3 avec Jean-Pierre Vincent.
Un très gros boulot. Il y avait trois assistants metteurs en scène, tous les comédiens, ainsi que les différents élèves des promos de la section technique…
Le mois et demi de préparation de la prod a été très intense ; j’ai fait beaucoup de coordination, de planning, toute la partie sécurité… Le temps était compté, car le projet était immense.
Je me suis dit que j’avais vraiment de la chance d’être dans un tel endroit… et de pouvoir travailler avec toutes ces personnes, tous ces moyens mis à disposition.

Quelque chose que tu as moins aimé ?

J’ai tout aimé ! En fait, vu qu’on y reste que six mois nous étions dans la dynamique de profiter au maximum de ce qui était mis à notre disposition, d’aller voir le travail des autres sections, de partager des expériences… Le temps passe vite, et je crois vraiment que je n’ai passé que des bons moments !

Un de tes plus beaux souvenirs ?

Les criées. La première fois que j’en ai vu une, j’étais surpris parce que je ne savais pas que ça existait. C’était une superbe réappropriation du hall de l’école, cet endroit de passage. C’était magique !
Tout d’un coup, toute l’école s’arrêtait et nous étions tous reliés par ce moment fort. Tout le monde participait (il y avait des fils rouges : le spoiler masqué, les mots d’amour, les running gags).

Un de tes pires souvenirs ?

C’est quand Louise a eu un accident de scooter et qu’elle a dû lâcher son boulot de créatrice lumière sur la prod pendant trois semaines. Je me suis rendu compte que l’équilibre d’un projet de création ne tient pas à grand-chose, finalement. Quand on est dans l’école on se dit que rien ne peut nous arriver ; qu’il y a un truc magique. Là, il y a eu un retour à la réalité assez brutal ; il a fallu s’en remettre, rebondir. Mais tout s’est bien terminé, c’est l’essentiel.

Un souvenir qui ferait sourire toute ta promo ?

Un souvenir qui a suivi ma promo et qui la suit encore c’est Blanche-neige et les sept nains, car chez les directeurs techniques, cette année-là, nous étions sept garçons et une fille. Dans le détail ça donnait :
Fred B – Prof
Yann – Joyeux
Titouan – Atchoum
Jérémy – Timide
Timon – Simplet
Agathe – Blanche-Neige
Fred V – Grincheux
Et moi, j’étais Dormeur. Parce que j’étais toujours fatigué et que … bah, je dormais quoi !

Si tu avais un prof ou intervenant marquant à évoquer, ça serait qui et pourquoi ?

Si je dois n’en citer qu’un, ce serait Michel Crespin, un des fondateurs de l’art de la rue en France, et qui a fondé le festival d’Aurillac. Il nous donnait des cours sur les arts de la rue avec José Rubio qui était son directeur technique quand il était à Aurillac.
On a eu un cours qui mêlait à la fois technique et artistique – car Michel est avant tout un artiste – mais il savait aussi ce que c’était de faire du spectacle vivant dans la rue, autant du point de vue technique que du point de vue du public. Michel m’a donné envie de travailler dans ce milieu-là, alors que c’est, de mon point de vue, le milieu le plus difficile en France pour faire sa place ; les aides et financements sont très compliqués à obtenir, et les contraintes techniques sont plus importantes que dans une salle équipée pour cela.

Pourrais-tu définir ce que l’école a changé en toi dans ta manière de voir ton métier ?

Elle a ajouté un regard artistique et humain là où il n’y avait qu’un regard technique sur ce qu’est le métier de coordinateur technique et sécurité.
Elle a aiguisé mon regard sur le fait comprendre le sens du projet sur lequel je travaille, sur ce que je peux humainement apporter, et pas seulement sous le prisme du planning ou de la sécurité.
L’ENSATT m’a appris à ne pas être un empêcheur de créativité. Car nous sommes aussi au service de l’artiste (metteur en scène ou autre) et pas seulement au service de la sécurité et de la technique. Nous devons savoir sortir un peu du cadre donné, même si parfois, au niveau réglementaire et technique, c’est compliqué.

C’est en partie grâce à l’ENSATT que nous acquérons cette ouverture d’esprit, alors que dans les boulots que nous sommes amenés à occuper ensuite nous sommes plutôt dans des études de planning, de budget. Le fait d’avoir eu ce genre d’intervenants montre le sens du travail que l’on fait, et je trouve cela très important.

Une personne qui t’a inspiré dans ta manière de concevoir ton métier ?

Dominique Hurtebize, le directeur technique de la Maison de la Danse et de la Biennale de Lyon. Il a une manière d’expliquer, et de partager son métier, avec passion. Mais il aborde toujours les choses avec calme (une grande qualité pour un directeur technique !). Quand on faisait les cours avec lui c’était d’une clarté absolue.
Hyper humain aussi, à l’écoute ; il a une belle manière de concevoir le travail.
Il m’a inspiré sur des détails, sur la manière de réagir quand un imprévu arrive, de pas partir au charbon tout de suite, de prendre du temps, d’être posé face à l’urgence. En direction technique, nous passons notre temps à gérer des petites urgences. Lui, arrive à prendre calmement les problèmes les uns après les autres… et c’est une grande qualité.

Une citation, une devise, une maxime, qui te porte ?

« Il est urgent d’attendre » (En résonnance à ce que j’ai pu dire ci-dessus !)

Ah mince j’oubliais : Et en ce moment tu fais quoi ?

Depuis septembre 2015, je suis à plein temps régisseur général à la MC2 – Maison de la Culture de Grenoble, une des plus grandes Scène nationale de France.

La moitié de mon temps, je fais de la diffusion de spectacle, essentiellement en musique classique et conférences, mais je commence à me diversifier dans les autres disciplines du spectacle vivant.
L’autre moitié de mon temps je m’occupe de la maintenance des bâtiments, 22000 m2 et de multiples systèmes techniques, répartis dans 4 salles de diffusion et 3 studios de répétitions. Je ne m’ennuie pas une seconde !

C’était une opportunité difficile à refuser, à mon âge, même si j’ai un peu perdu en diversité car je ne fais plus de la création. Mais étant donné que la MC2 reçoit toutes les disciplines artistiques, qu’elle-même fait de la création, pour moi c’est tout de même un très bon compromis ; je ne vois pas le temps passer, et c’est un bonheur au quotidien.
DAMIEN RABOURDIN, élève DIRECTION TECHNIQUE, promo 75

 


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Interview réalisée par Jimmy Marais | Octobre 2016

 

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